Témoignage de Nourredine.
Jérusalem Est continue de subir le processus de nettoyage ethnique entamé en 1948. Dans la quartier du Sheikh Jarrah où vivent quelques milliers des réfugiés, depuis 1948, près d’un un millier de personnes sont menacées à tout moment d’être expulsées. Les autorités israéliennes refusent de reconnaître les titres de propriété arabes même quand ils sont issus des archives de l’Empire Ottoman à Istanbul. Aucune mesure, législative, administrative, fiscale, économique ou militaire, n’est épargnée pour pousser les Palestiniens à abandonner et fuir, nous expliquait le directeur du programme du centre alternatif d’information Sergio Yahni, un Israélien du Chili. « S’ils restent, ils ( les palestiniens)seront de plus en plus appauvris et remplaceront la main d’œuvre alternative qui remplacerait l’immigration asiatique qui pousse aujourd’hui certains Israéliens à s’interroger sur un nouveau danger (asiatique) qui menace le caractère juif d’Israël » disait Sergio.
Nous avons visité l’une des familles qui avait reçu l’ordre de quitter la maison qu’elle habite depuis 1948, dans le quartier de Sheikh Jarrah. Elle n’a même pas le droit de réhabiliter les deux chambres et le petit salon où s’entassent 15 personnes. A coté, et sous la protection de la police, 24 h sur 24, deux familles de colons ont confisqué les deux étages ainsi que le petit espace de 50 mètres carrés qui constituait le jardin de la famille palestinienne.
A l’extérieur de Jérusalem, le mur serpente les environs de la ville sainte et s’étend loin vers le nord et vers le sud en annexant de fait une partie des terres agricoles, des nappes phréatiques, mais aussi des villages entiers ou en partie, en Cisjordanie.
Selon le Bureau de Nations Unis, il y avait en 2007, 150 colonies établies, 100 colonies sauvages, habitées par 462 000 colons.
Observateur du changement de la classe moyenne en Israël, Sergio Yahi disait : avant , les cadres n’aimaient pas habiter les colonies idéologiques pour ne pas être assimilés à ces colons. Aujourd’hui, à cause des avantages économiques, octroyés aux colons, des fonctionnaires et des hauts cadres émigrent vers les colonies. Ils ne disent pas qu’ils habitent dans les colonies, subsidiées par les contribuables dont les palestiniens, mais ils résident à l’extérieur de Jérusalem ou tout simplement en banlieue ». Ainsi une partie de la classe moyenne qui préférait Tel Aviv est en train d’intérioriser le concept des colonies en le rendant neutre comme toute banlieue.
La ville de Bethlehem, où se trouve l’Eglise de la Nativité, est entrain de suffoquer à cause du mur qui l’encercle presque à 90% et aussi à cause de la guerre menée par les tours opérateurs Israéliens. Chaque jour, expliquait Mme Jihane Anastas, Directrice du Centre pour la paix à Bethlehem, des centaines voire parfois des milliers de touristes viennent s’incliner dans les lieux de la nativité puis ils retournent presque en file vers les bus, sans acheter une bouteille d’eau dans la ville.
Lors du voyage, nous avons pu aussi entendre certaines des raisons de l’exil des chrétiens de la Palestine. Selon deux responsables chrétiens, ils ne partent pas à cause de Hamas ni à cause de l’islam, mais plutôt à cause de la pression de l’occupation sous toutes ses formes. Ils comptent environ 10000 alors qu’ils étaient 40000 en 1948.
Vers le sud, au centre de la ville de Hebron dont le cœur est occupé par des colons armés et protégés par les soldats, le temps semble s’arrêter autour du tombeau d’Abraham.
Des boutiques fermées, certaines maisons sont vides, parfois sans fenêtres et sans portes, des traces de flaques d’eau, une route marquée au milieu par une ligne jaune, continue, pour guider les colons vers les maisons qu’ils occupent. J’avais le sentiment d’être à Tchernobyl sans avoir visité l’Ukraine.
En s’approchant des boutiques, l’odeur devient par moment pestilentielle à cause des détritus sur les toits et les filets de protection. Un commerçant pointait du doigt vers le haut du grillage de sa fenêtre pour montrer une bouteille en plastique pleine d’urine jetée par les colons d’en haut. Trouée,la bouteille laisse couler l’urine goutte à goutte devant la maison palestinienne.
Sur le plan humain, le désespoir est quasi-total chez l’ensemble de nos interlocuteurs… Les accords d’Oslo ont conduit au morcellement des terres palestiniennes. Il n’y a plus de continuité entre les villes et les campagnes. La continuité est devenue une contiguïté.
La solution de deux Etats n’est plus viable selon l’analyse de l’homme d’affaire palestinien Sam Bahour. Pour sauver ce qui peut l’être, il faut disait-il : Fixer une date butoir pour terminer les négociations. Elles doivent avoir un seul sujet : comment finir l’occupation. Autrement, il faut, disait notre interlocuteur qui était revenu des Etats-Unis, après les accords d’Oslo, pour participer à la construction de l’Etat Palestinien, ne pas hésiter à démanteler l’AP et remettre le dossier aux Nations Unies qui avaient, il y a plus de 60 ans, partagé la Palestine pour en faire deux Etats. Celui qui est déjà établi empêche toujours le deuxième de naître.
Dans le Golan, et plus particulièrement dans le village de Majdal Chams, le Directeur du collectif des villages arabes, Dr Taiseer Maree, nous avait fait la démonstration de la résistance des villages qui ont survécu à la colonisation. Ils sont au nombre de 6 sur 120 avant 1967. Tous les autres ont été détruits. Défiant l’occupation, le village de Majdal Chams, arbore au centre, le drapeau syrien non loin des militaires Israéliens postés sur les collines, qui surplombent les villages. Certaines maisons sont encore séparées les unes des autres par des champs de mines depuis 1967.
La tournée s’est clôturée par une rencontre avec un intellectuel israélien Joseph Elgazy. D’origine Egyptienne, Mr. Elgazy s’était tiré un balle dans la main en 1967 pour ne pas aller combattre ses anciens compatriotes dans le Sinaï.
Mr Elgazy, nous avait parlé pendant une heure en commençant par le constat auquel il a abouti à l’âge de 70 ans : « ni sa génération ni les plus jeunes ne verront la paix dans cette région ».
Alors, pour démentir les constats de Joseph, il faut, comme le disait l’homme d’affaires palestinien Sam Bahour, revenir vers le droit international, avant qu’il ne soit trop tard.
Lire l’article de J. Elgazy dans le Monde Diplomatique du mois de mai.
Ce voyage a été organisé par Pax Christi et Justice de paix du 20 au 30 avril 2009. Le groupe était constitué de 23 citoyens belges de différents horizons.